Les 68 stations de métro de Montréal vues autrement

 Les célibataires à PAPINEAU et BEAUDRY, les plus âgés entre HONORÉ-BEAUGRAND et L’ASSOMPTION, la plus forte concentration d’immigrants à DE LA SAVANE : voici certains des résultats de notre analyse des Montréalais vivant autour des stations de métro. Explorez avec nous la métropole d’un point de vue complètement différent et… surprenant!

Nous avons posé un regard concret sur la ville en analysant les résultats de l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) de 2011. Guidés par nos données, nous nous sommes imprégnés de l’environnement autour de quelques stations de métro qui sont sorties du lot. Nous avons marché avec ceux qui connaissent et façonnent ces milieux de vie.

La distance moyenne à pied pour accéder aux transports en commun est de 800 mètres. Nous avons donc flâné dans ce périmètre. Voyage dans votre ville!

Quand prendre le métro c'est comme prendre l'avion

Nous voici à la station PLAMONDON, rue Victoria coin Van Horne, pendant un après-midi ensoleillé, 25 degrés. Entre immeubles à logements et commerçants qui vendent leurs fruits et légumes sur la rue, on observe notamment des gens aux traits asiatiques qui attendent en masse aux différents arrêts d’autobus.

Dès que nous mettons le pied hors de la station de métro, impossible de ne pas se sentir sur un continent différent. PLAMONDON est l’une des stations de métro où l’on retrouve le plus d’immigrants à Montréal avec Côte-Sainte-Catherine (NAMUR et DE LA SAVANE).

L’ouest de la ligne orange : le « melting pot » par excellence

David Lam, 25 ans, habite à quelques minutes de marche de la station  PLAMONDON depuis sa naissance. Il hésite entre « immigration » et « melting pot » pour décrire la particularité de son quartier. Sa mère vient des Philippines et son père est un Chinois ayant grandi au Vietnam.  À ses yeux, son quartier bourdonne de diversité et... nos données le confirment.

Ce secteur est une terre d’accueil de choix pour les immigrants à Montréal. C’est la station DE LA SAVANE qui remporte la palme avec près de 61 % d’immigrants, alors que la station ASSOMPTION compte le plus faible pourcentage, avec à peine 12 % d’immigrants.

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Beaucoup d’Asiatiques résident dans ce secteur, mais aussi beaucoup d’autres nationalités. David évoque des commerces qui offrent des produits typiques d’autres pays, des synagogues visibles un peu partout, des centres communautaires et des fêtes dans les parcs où se côtoient les différentes cultures.

Le secteur Côte-des-Neiges est un lieu de passage consacré pour les nouveaux arrivants, notamment en raison des logements plus abordables, explique Sébastien Lord, de la faculté d’urbanisme et d’aménagement à l’Université de Montréal (UdeM). À la station NAMUR, le coût moyen d’un loyer se situe dans les plus bas, soit 601 $.

Nous avons rencontré cette petite Montréalaise d'origine philippine dans le secteur Côte-des-Neiges.Photo : Radio-Canada/Marie-Eve Tremblay
Les Philippins sortent du lot

Les Philippines, en rose sur la carte qui suit, sont le pays étranger le plus représenté autour de ces quatre stations. Le Programme des aides familiaux résidants (AFR) incite les Philippins à venir s’y installer : ils sont recrutés dans leur pays pour travailler dans des maisons plutôt cossues. Le temps d’arriver et de s’intégrer, plusieurs d’entre eux exercent ce travail temporairement. La mère de David, qui travaillait comme banquière dans son pays, n’a eu d’autre choix que de participer à ce programme, ses acquis n’étant pas reconnus ici.

La mère de David a immigré au Canada dans les années 80. C’est sa soeur, déjà établie dans le quartier Côte-des-Neiges, qui lui a proposé de la rejoindre. La perspective d’élever ses enfants dans un environnement sécuritaire et les opportunités d’emploi l’ont convaincue de s’établir au pays. Rendue ici, elle a rencontré son mari et fondé sa famille.

Lorsque vient le temps de choisir un quartier, le réseautage entre nécessairement en jeu, confirme Sébastien Lord.

David a été élevé en anglais, mais il parle aujourd’hui très bien français et se débrouille en cantonais, en mandarin et en tagalog (dialecte d’une région des Philippines). Selon lui, la variété des langues parlées par les gens du quartier fait partie des facteurs qui attirent les immigrants asiatiques. Le dépaysement est alors moins brutal et il est plus simple de se débrouiller.

David Lam, 25 ans, habite à quelques minutes de marche de la station Plamondon depuis sa naissance. Sa mère vient des Philippines et son père est un Chinois ayant grandi au Vietnam. Photo : Radio-Canada/Marie-Eve Tremblay
Les Français sur le Plateau et les Chinois près des universités

Direction station Laurier, en après-midi. On ouvre les oreilles et l’accent ne ment pas : à peine cinq minutes pour reconnaître « les cousins » français.

C’est à cet endroit que l’on observe la plus forte concentration de Français. Lorsqu’ils s’établissent à Montréal, ils cherchent un lieu francophone qui se rapproche du mode de vie traditionnel de leur pays, selon une enquête menée par Sébastien Lord et son équipe. Ils sont attirés par la proximité des transports en commun, l’accessibilité aux services, mais surtout, les lieux et les espaces publics habités.

Si l’on se transporte au centre-ville, on remarque une forte proportion de Chinois. Oui, dans le Chinatown, mais aussi plus à l’ouest, près des universités. De nombreux Chinois viennent étudier dans les universités anglophones situées au coeur de la métropole. Souvent issus de familles riches, ceux-ci s’installent donc à proximité de leur lieu d’études.

Mais où sont les célibataires?

Direction station Beaudry, un vendredi d’été à l’heure du 5 à 7. La rue Sainte-Catherine s’offre en exclusivité aux piétons et aux terrasses. On y voit des saunas, des restaurants, des bars, des boutiques érotiques et des salles de spectacles. Au sud, on retrouve plutôt des immeubles à logements patrimoniaux, de petits espaces verts, Radio-Canada et quelques tours à condominiums. Au nord, des soupes populaires et des organismes qui accueillent les itinérants attirent le regard.

Et c’est ici, selon nos recherches, qu’on note la plus grande concentration de personnes vivant seules. Près de 70 % de célibataires vivent aux abords des stations Papineau et Beaudry.

Selon les habitants rencontrés, il s’agit d’un lien de cause à effet. Le secteur est moins propice pour élever des enfants. Le fait qu’il y ait moins de parcs, davantage d’itinérance et que les logements soient plus petits ou plus chers éloignerait les couples qui souhaitent fonder une famille. On y compte d’ailleurs moins d’un enfant par famille.

Laurent Breault, 28 ans, vit dans le Village depuis trois ans. Bien qu’il aime l’ambiance plutôt hétéroclite, il est catégorique : ce n’est pas un quartier où il aimerait élever des enfants. « Si je veux des enfants, je vais déménager », dit-il. Laurent a suivi son amoureux dans le quartier, mais il est considéré comme célibataire puisqu’il n’a toujours pas déclaré son union. D’ailleurs, plusieurs personnes à qui nous avons parlé et qui vivent une relation amoureuse, hétérosexuelle ou pas, n’ont pas déclaré leur union ou ne vivent pas avec leur compagnon. Cet autre élément pourrait expliquer le taux plus élevé de célibataires.

Les homosexuels plus nombreux : mythe ou réalité?

À première vue, on pourrait croire que la majorité des résidents du secteur sont homosexuels, mais attention : il ne faut pas confondre ceux qui fréquentent le Village et ceux qui y habitent. Le quartier, qui borde plusieurs entreprises médiatiques, héberge aussi beaucoup de jeunes professionnels. Il nous a été impossible de trouver des données précises à ce sujet, mais selon les gens du quartier, il y aurait beaucoup de résidents hétérosexuels.

« C’est surtout un lieu de passage pour ceux qui souhaitent vivre ouvertement leur homosexualité et pour certains, vivre certaines expériences », dit Laurent, qui travaille d’ailleurs à la fondation Émergence, organisme qui a pour objectif de défendre les droits des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentitaires (LGBT).

La banlieue pour les couples

À l’inverse, c’est en banlieue que l’on retrouve la plus grande majorité des personnes mariées ou vivant en union de fait. D’ailleurs, c’est à la stationMontmorency, à Laval, que l’on retrouve le plus de couples.

Les logements plus grands et les coûts moins élevés sont plus propices aux familles, explique Sébastien Lord, de la faculté d’aménagement de l’Université de Montréal.

La rue Sainte-Catherine, près des stations Beaudry et Papineau, s’offre en exclusivité aux piétons et aux terrasses pendant la saison estivale. Photo : Radio-Canada/Marie-Eve Tremblay
Dans l'Est, l'âge de la sagesse

On poursuit notre voyage dans l’Est, rue Sherbrooke, entre les stations Langelieret Cadillac. Partout où l’on regarde, on voit des magasins à grandes surfaces, des salles de bingo et… bon nombre de résidences pour aînés et Centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).

Pourquoi l’Est?

Plusieurs foyers de personnes âgées et habitations à loyer modique pour aînés se retrouvent dans le secteur. « Un aîné sur deux gagne 20 000 $ et moins », explique la présidente de la Table de concertation des aînés de l’île de Montréal, Rita Quesnel. D’ailleurs, c’est à la station Honoré-Beaugrand que le prix moyen d’un logement est le plus bas, soit 531 $.

Une forme de banlieue avec ses avantages et ses désavantages

Rita Quesnel ajoute que ces personnes souhaitent aussi vivre dans un environnement moins urbain. Or, ces secteurs sont souvent moins favorables à la « marchabilité ». C’est l’ironie que soulève le professeur Sébastien Lord, soutenant que les aînés sont incités par les médecins à être actifs, mais que ces lieux ne sont pas adaptés pour permettre aux aînés de se déplacer en sécurité. Même constat du côté de Rita Quesnel. « Il faut traverser de grosses artères pour accéder aux métros ou aux parcs. Ça peut faire en sorte que certains aînés s’isolent. »

Dans l'Est de Montréal, entre les stations Langelier et Cadillac, on retrouve de nombreux magasins à grandes surfaces et des salles de bingo. Un secteur moins favorable à la « marchabilité ». Photo : Radio-Canada/Marie-Eve Tremblay
Les plus riches sur la ligne bleue

Des arbres partout, des immeubles appartenant à l’Université de Montréal et des jeunes qui transitent par le métro nous confirment que nous sommes bel et bien arrivés sur la ligne bleue, plus précisément dans le secteur du métro Édouard-Montpetit.

Ici, c’est le revenu des familles qui nous intéresse. Elles seraient les « plus riches » avec un revenu frôlant 100 000 $.

Mais Sébastien Lord ne croit pas qu’il s’agisse de la station la « plus riche », précisant que le secteur de recensement que nous avons utilisé pour compiler les données comprend une partie cossue d’Outremont. Cette partie déséquilibrerait nos résultats. De plus, beaucoup d’étudiants habitent le secteur, mais déclarent leur domicile chez leurs parents à l’extérieur.

La vraie station de métro la plus riche, selon lui, serait plutôt celle d’Outremont, avec un revenu médian par ménage de 74 500 $. Ses résidents travaillent majoritairement dans les domaines du droit, de l’éducation et dans les services gouvernementaux.

Des immeubles appartenant à l’Université de Montréal et des jeunes qui transitent par le métro nous confirment que nous sommes arrivés dans le secteur du métro Édouard-Montpetit.
Le métro a-t-il pour effet d'embourgeoiser?

Le métro a été inauguré en 1966 et son développement a clairement influencé le profil des gens qui habitent en périphérie. Le chercheur Zachary Patterson, de l’Université Concordia, a comparé la population dans différents secteurs de Montréal entre les années 1971 et 2001.

Il a noté un embourgeoisement considérable près des lignes de métro, particulièrement dans le secteur du Plateau-Mont-Royal.

Zachary Patterson explique que l’implantation du métro a ses avantages : possibilité de voyager plus rapidement, donc plus d’ouverture aux emplois. Le fait que le lieu soit plus accessible augmente aussi les valeurs foncières, ce qui rend les secteurs aux abords des stations plus attrayants.

 Source : Radio-Canada
Marie-Eve Tremblay, Roberto Rocha, Santiago Salcido, Melanie Julien et André Guimaraes
Par MAURICE CHARRON